Jour 1 de l’atelier de clôture du projet KIX-SEEDS à Kampala : de la culture du reporting à la culture de la décision
La première journée de l’atelier de clôture du projet KIX-SEEDS s’est tenue à Kampala, en Ouganda, sous le haut patronage de Madame la Ministre de l’Éducation et des Sports. Dans son allocution d’ouverture, elle a souligné l’importance stratégique de disposer de données fiables, désagrégées et en temps réel pour orienter les politiques éducatives dans un contexte marqué par des défis persistants d’accès, de qualité et d’équité.

C’est dans ce cadre que Dr Hervé Bassinga, coordonnateur du projet au Burkina Faso, a présenté l’expérience de mise en œuvre de KIX-SEEDS. Il a mis en évidence plusieurs conditions d’une transformation durable des systèmes d’information : une approche centrée sur les besoins réels du système éducatif, une forte appropriation par les acteurs nationaux et locaux, des solutions simples et immédiatement opérationnelles pour les utilisateurs, et une utilisation effective des données pour éclairer la décision à tous les niveaux du système.
L’expérience burkinabè illustre un changement profond : passer d’un système où la donnée est produite principalement pour être transmise vers le niveau central, à un système où elle est produite pour être utilisée là où les décisions se prennent. Sur le terrain, les Circonscriptions d’Éducation de Base (CEB) s’appuient désormais sur des tableaux de bord en temps réel pour réorienter les visites de supervision, identifier les écoles en difficulté et engager des actions correctives au cours du même trimestre. Ce basculement marque le passage d’une culture du reporting à une véritable culture de la décision.

Au-delà de cette réorganisation des usages, l’approche KIX-SEEDS introduit une rupture plus fondamentale encore : là où la plupart des systèmes se contentent de décrire le passé, les dispositifs développés permettent d’anticiper. En combinant des mécanismes simples de collecte avec des capacités d’analyse avancées, il devient possible d’identifier en amont les situations à risque, notamment en matière de décrochage scolaire, et de donner ainsi aux acteurs le temps d’intervenir.
Au terme de cette première séquence, une conviction se dégage avec force : la donnée ne crée de la valeur que lorsqu’elle atteint, au bon moment, celui qui peut agir.

Un premier panel sur l’alignement des innovations et le rôle des partenaires
La journée s’est poursuivie avec un premier panel réunissant les institutions de mise en œuvre (HISP Uganda), les partenaires financiers (Partenariat mondial pour l’Éducation – GPE) et les partenaires gouvernementaux (CEB et EIDM). À cette occasion, les échanges ont porté sur les conditions nécessaires pour assurer la mise à l’échelle et la durabilité des innovations soutenues par KIX-SEEDS.
Invité à répondre à la question :
« De quelle manière les partenaires travaillant sur diverses innovations dans le secteur de l’éducation peuvent-ils collaborer au mieux avec le Ministère afin de garantir la mise à l’échelle et la pérennité des innovations réussies et prometteuses ? », Monsieur Ouoba Eric, Chef de la Circonscription d’Éducation de Base (CCEB) de Bingo, a insisté sur l’importance d’un cadre clair et partagé.
Selon lui, « la meilleure manière pour les partenaires de s’engager avec le Ministère est d’inscrire toute innovation dans un cadre partenarial clair et aligné sur les priorités nationales ». Cela implique une concertation en amont avec les services techniques, la co‑construction des interventions avec les directions concernées, ainsi qu’un partage systématique des résultats et des leçons apprises. À cette condition, le Ministère peut porter les innovations les plus prometteuses, les intégrer dans ses politiques et en assurer la mise à l’échelle et la durabilité. Ce témoignage rappelle que la question n’est pas seulement de développer de “bonnes” innovations, mais de créer les conditions institutionnelles pour qu’elles deviennent des solutions du système, et non des projets isolés.

Un deuxième panel sur la pratique de l’inspection et l’usage des données
Un deuxième panel a ensuite donné la parole aux acteurs directement impliqués dans le pilotage pédagogique, dont Marcel Zoungrana, Inspecteur de l’enseignement de base au Burkina Faso. Ses réponses ont permis d’illustrer, de manière concrète, comment KIX-SEEDS transforme la pratique de l’inspection et l’accompagnement des écoles.
À la question : « En tant qu'inspecteur, comment les renforcements de capacités et les ressources reçus dans le cadre de KIX-SEEDS ont-ils amélioré votre pratique d'inspection et d'accompagnement des enseignants ? », il a expliqué que les formations et outils mis à disposition ont profondément modifié sa manière de travailler. Là où l’inspection s’appuyait auparavant sur une lecture essentiellement descriptive des statistiques, l’usage des tableaux de bord et des modules d’analyse permet désormais d’identifier rapidement les écoles où les indicateurs de fréquentation ou de performance se dégradent. La préparation des tournées est ainsi devenue plus ciblée : les visites de supervision se concentrent sur les établissements les plus en difficulté, et l’accompagnement pédagogique proposé aux enseignants est mieux ajusté à leurs besoins réels.
Interrogé ensuite sur l’intégration des acquis du projet dans les outils et démarches officielles d’inspection – « Avez-vous pu intégrer les acquis du projet dans vos outils ou démarches officielles d'inspection ? » – Marcel Zoungrana a souligné un processus d’institutionnalisation déjà engagé. Les plans de tournée, les fiches de supervision et les rapports d’inspection intègrent progressivement les indicateurs issus des tableaux de bord KIX-SEEDS. L’analyse périodique des résultats, l’attention portée aux écarts entre écoles ou entre filles et garçons, ainsi que la fréquence des revues de données sont en train d’être formalisées dans les routines de la circonscription. Autrement dit, ce qui était au départ une innovation de projet tend à devenir une pratique administrative standard.
Enfin, répondant à la question transversale posée à tous les panélistes « En repensant à votre expérience avec le projet KIX-SEEDS, quel est le changement le plus significatif que vous avez observé dans votre travail ou votre institution depuis le début du programme ? » il a mis en avant un changement de culture. Pour lui, le plus grand basculement est le passage d’une logique où l’on produisait des données principalement pour satisfaire aux exigences de reporting, à une logique où ces données sont réellement utilisées pour décider et agir. Les chiffres ne restent plus cantonnés aux rapports : ils orientent désormais les priorités de supervision, le choix des écoles à visiter et la nature de l’appui à apporter aux enseignants. Ce changement de posture se diffuse aussi dans les écoles, où directeurs et enseignants se sentent davantage responsabilisés parce qu’ils voient concrètement en quoi les informations qu’ils remontent servent à améliorer le fonctionnement de leur établissement et la réussite des élèves.
Vers des systèmes éducatifs plus apprenants
Les échanges de cette première journée à Kampala convergent vers un même constat : lorsqu’ils sont bien conçus, les systèmes de données deviennent le socle de systèmes éducatifs plus apprenants, capables d’identifier leurs propres fragilités, de tester des réponses et d’ajuster les politiques en continu. L’expérience du Burkina Faso montre qu’en combinant une forte appropriation nationale, des outils simples d’usage et des capacités d’analyse avancées, il est possible de transformer en profondeur les pratiques de pilotage, du niveau central jusqu’à la salle de classe.


